RIEN NE CÉLÈBRE RIEN [TAREK ESSAKER]

À toi, le Navago, qui à chaque instant renouvelé, appétit et recherche insatiable de ce goût cheminant de vivre… ! À toi ce texte…

 

Celui qui donne et nous fait savoir ses visions du monde, nous fait devenir avec lui. Il nous prend dans le bégaiement et le composé de ce qui passe par les mots, les sensations, les sens, les sons ou les pierres. Tout tient de langage, se sert des mots pour crier, chanter ou trembler. Le tout sollicite un tout à venir.

Il suffit de tordre le langage, le faire vibrer, l’étreindre, le fendre, l’arracher à ce qui manque, à la naissance, au passé, au reste et aux hasardeux cheminements.

Rien ne célèbre rien et tout se confie à l’oreille persistante de la souffrance renouvelée des hommes.

Tout sollicite tout et réclame luttes reprises. Il nous faut dissoudre les formes. Il nous faut de la puissance qui ne cesse de tirer sur le chaos et nous permet de s’en tirer à ce prix, celui du sensible, de la sensation et capable de rendre le monde habitable.

Que les hommes cessent de fabriquer des tentes qui les abritent, qu’ils déchirent le firmament pour que la bourrasque du chaos puisse faire du courant d’air aux sein des conventions qui les abritent.

Faire enthousiasme, faire infini dans l’ici-maintenant qui ne comporte rien de rationnel ou même de raisonnable.

Dans une même étreinte, des mouvements, des courbures, qui ouvrent et donnent sur un ailleurs, sur des ablations, des voisinages, des singularités, des corps qui représentent un souffle, un mouvement et un geste : juste un moment essentiel…

 

Tarek Essaker, extrait de ‘Être au monde’, recueil de textes, inédit.

Photo : VS / Les Dialogues de Saint-Gilles / 2014.

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