UNE ÉTRANGÈRE… [PHILIPPE JACCOTTET / EDVARD GRIEG]

Une étrangère s’est glissée dans mes paroles, beau masque de dentelles avec entre les mailles, deux perles, plusieurs perles, larmes ou regards. De la maison des rêves sans doute sortie, elle m’a effleuré de sa robe en passant — ou si cette soie noire était déjà sa peau, sa chevelure ? — et déjà je … Lire plus…

INTERLUDE D’UN SOIR [LOUIS CALAFERTE / CHET BAKER]

Sous les ponts a passé tant d’eau ils sont jeunes moi je suis vieux voici l’âge silencieux je sens l’automne dans mes os Rien désormais ne me ressemble soûlé d’indolente tristesse je regarde mon temps qui cesse la mort et moi partons ensemble Ce que j’aimais ne m’aime plus les désirs perdent leur raison tout … Lire plus…

SAINT-SILENCE [JOÉ BOUSQUET]

L’avenir qui tremblait d’avoir couru sur elle n’ayant su m’exaucer sans renverser mes jours j’écris sur le collier de notre chien fidèle que chez nous le hasard est mort de mon amour Rue où l’homme se perd d’entendre ce qu’il voit quelqu’un avait frappé la mort m’ouvrant la porte voulut qu’entre mes pas le vent … Lire plus…

LA ROUTE QUE NOUS SUIVONS [GASTON MIRON]

         Le poète aime, hèle, gueule à l’occasion, c’est sa vraie liberté et quelquefois sa dure exigence. C’est ce que fit, sa vie durant, Gaston Miron (1928-1996), le poète, un des grands, le Québécois, là-bas ‘au nord du monde’, et bien ailleurs à l’occasion.   À la criée du salut nous voici … Lire plus…

DE ‘VERGERS’, TROIS POÈMES (EN FRANÇAIS) DE RAINER MARIA RILKE

  Dans la multiple rencontre faisons à tous sa part, afin que l’ordre se montre parmi les propos du hasard. Tout autour veut qu’on l’écoute –, écoutons jusqu’au bout ; car le verger et la route c’est toujours nous ! •   Qu’il est doux d’être de ton avis, frère aîné, ô mon corps, qu’il … Lire plus…

CENTRE [GUILLEVIC]

I Dérisoire il est Dans l’énormité Des formes, des forces. Une misère il est, Il sait ce qu’il est. Mais centre il se sait, Assumant le centre. II Gloire dans la sphère Devient sa misère. III Que toujours misère Il se sache encore, Glorieux, mais fragile Au centre des courbes. Guillevic, Conscience, Sphère, Gallimard, 1963.

PERVENCHE ET MÉSANGE

Si vous me dites Quelle sorte de drôle d’oiseau Est la pervenche Peut-être vous avouerai-je En retour À quelle étrange fleur Ressemble la mésange À C.D., délicatement.

26 POINTS À PRÉCISER [BENJAMIN PÉRET]

  L’ami Damien nous offre, par ailleurs [Facebook], 26 points à préciser de Benjamin Péret ; je m’empresse de le relayer, car, indubitablement, il y a urgence à la chose. Bien sûr, à chacun de résoudre là son équation personnelle. Voici donc Le grand jeu de Benjamin Péret (1928, rééd. Gallimard, 1969) qui me rappelle, … Lire plus…

QUI FUIT LA POÉSIE…

Qui fuit la poésie est, semblablement, celui qui refuse de lire les cartographies fissurées des plafonds, les impalpables figures modelées par la nuée ou encore les mondes improbables inventés par les lichens. Illustration : Léonard de Vinci, Nuages  

TROIS POÈMES DE MAHMOUD DARWICH

    Si tu n’es pas la pluie, mon amour, Sois arbre Fécond… Sois arbre. Et si tu n’es pas arbre, mon amour, Sois pierre Humide… Sois pierre. Et si tu n’es pas pierre, mon amour, Sois lune Dans le songe de l’aimée… Sois lune. Ainsi parla une femme À son fils qu’on enterrait. Ce … Lire plus…

L’AMOUR, LA MORT ET LE HASARD [DE JOÉ BOUSQUET]

Il paraît parfois hâtif d’écrire. Ou trop tardif. Cependant urgente nécessité de dire, comme craignant quelque manque irrémédiable. De Joé Bousquet (1897-1918-1950), je ne dirai ici que bien (trop) peu. Une part de mon propos, où cette présence s’enracine profondément, se trouve déjà par ailleurs dans mon horizontalité / verticalité – par la ‘bande’, si … Lire plus…

EMBARQUEMENT IMMINENT

Promeneurs nonchalants Sentez-vous déjà Par-delà l’immensité des blés Monter les effluves marines Promeneurs nonchalants Voyez-vous déjà Par-delà la falaise fragile S’iriser l’air salin Promeneurs nonchalants Entendez-vous déjà Par-delà le silence des champs Frémir les coques des navires Promeneurs nonchalants Tournant le dos aux villes Cueillant le coquelicot Déjà le port vous attend   v.l. 13/07/09 … Lire plus…

DÉRAISON [ABÛ AR-RUQUA `MAQ]

1. Je loue mes folies. Grâce à elles Flotte à l’horizon l’étendard de ma déraison. Je ne souhaite ni m’en délier ni la remplacer. De délaisser sa folie, l’être serait-il pardonné ? 2. Unanimes furent les gens : ma déraison Est meilleure que ma vertu et ma religion, Depuis que j’ai simulé la folie, elle … Lire plus…

ADIEU VAGABONDE SURPRISE PAR LE FROID [KATEB YACINE]

  Le 3 juillet 1962, la France proclamait l’indépendance de l’Algérie et, officiellement, nouvel État, l’Algérie le faisait le 5 juillet. Plus de huit ans (officiellement, dix-sept en réalité) de conflit, de combats, d’atrocités, puis les accords d’Évian, permettaient enfin, après cent quarante années de colonisation, aux Algériens d’exister explicitement comme peuple, nation et état. … Lire plus…

RÊVE(S)

N’avoir plus pour seul rêve que ses rêves.   [Habiter ses propres friches.]   Pablo Picasso, Le rêve, 1908.