TANT D’ANNÉES [TAREK ESSAKER]

Tant d’années
Quand toute la vie le mérite

Leïla
Ma sœur
Cœur défaillant

Le soleil me manque
La rivière autant ! dis-tu
Leïla Ô amour
Ma sœur

Vite ! Sans dire
Sans penser
Comme de la bouche d’un enfant

Es-tu la fille de ma mère
Ou le songe de tes somnolences ?

Quand le sommeil te manque
Comme autant les berceuses
De nos enfances

L’étrangère à toi-même
Es-tu celle pour qui
Un cœur ou plusieurs
N’ont jamais cessé de battre ?

Traverser un pré d’été
Le parsemer de pensées
Et de si frêles coquelicots
En chemises
Laines légères
Est-ce toi ?

Est-ce un rêve ?
Est-ce ta présence ?
Où sa part absente qui te hante toujours

Ton regard se pose
L’ouïe se dresse face à la rivière
Son lit est d’une eau si vive
Si claire comme si grave et si légère

Tu m’as appris que l’eau garde
Précieusement
Dans ses plis
Nos jours
Et dans ses gouffres
Nos enchantements

Ceci te ressemble
Dans la tourmente
Ceci est presque toi !

Une herbe
Un arbre
Un mûrier comme un baiser de l’enfance
Se pavane et rit

Vite
Courir
Plus vite que nous

Faire passer

Faire passer cette brise légère inattendue
Avant qu’une lenteur ne froisse
Ta beauté comme ta colère ailée

Est-ce toi Leïla
Ou désormais le vide qui est en toi ?

Cela ne tient qu’à un minuscule
Murmure
Venu d’ailleurs

Un ailleurs retrouvé par un passant
Passeur
Ramassé sous quelques amandiers en fleurs

Y aurait-il des choses ou des êtres ?
Ou est-ce tes histoires
Qui habitent les amandiers ?

Étrange !
Désormais

Il se passe des choses
Parmi les mots
Les couleurs
Les sons
Les pierres
Et  les rivières

Est-ce tes pas ?

Es-tu d’eau ou de soleil ?

Ta terre  tient lieu de tornade
Comment as-tu fait depuis ?

Comme un serment à tenir
Comme une foudre dans son attente

Comme une langue étrangère dans la forge
De son propre dialecte

Comme une lumière bientôt oubliée
Qui
Bientôt s’apprête à se faire fusiller

Comme une jeune pensée discrète
En fragments et débris
Qui rejette la mort

Elle demeure précaire et vacillante

Ainsi s’éloigne vite la passante

À l’amie en voyage sans raccourci
Puisses-tu à défaut de lumière
Dans ces lieux si vite envolés
Trouver sentier plus doux
Y avoir paix et pousser portes

Sans trop de crainte
À chercher dans l’évidence des hommes
Et les enfers terrestres

Morte. Sous terre
Le ciel blanc
Les montagnes en face
Le long de notre rue
Derrière le mur blanc
Devant chez nous
Un cimetière

Où repose ton corps
Blanchi
De nuits trop longues

Ton ami et frère

Tarek Essaker, février 2022.

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