TRECENTO… [PÉTRARQUE]

386px-Petrarch_by_BargillaUne voyageuse évoque la maison natale de Pétrarque à Arezzo ;  je pense aux traductions de sa poésie qu’ont données, admiratifs, Ronsard et Du Bellay, et je ne résiste donc pas à la lecture de ceci :

 

PASSA LA NAVE MIA COLMA D’OBLIA…

Passa la nave mia colma d’oblio
per aspro mare, a mezza notte il verno,
enfra Scilla e Caribdi; et al governo
siede il signore, anzi ‘l nimico mio;

a ciascun remo un penser pronto e rio
che la tempesta e ‘l fin par ch’abbi a scherno;
la vela rompe un vento umido, eterno
di sospir, di speranze e di desio;

pioggia di lagrimar, nebbia di sdegni
bagna e rallenta le già stanche sarte
che son d’error con ignoranzia attorto.

Celansi i duo mei dolci usati segni;
morta fra l’onde è la ragione e l’arte,
tal ch’i ‘ncomincio a desperar del porto.

 

MON NAVIRE D’OUBLI…

Mon navire d’oubli passe comme un fantôme
dans une mer atroce, hivernale, à minuit ;
de Charybde en Scylla son cap, au gouvernail
mon maître, mon seigneur – hélas, mon ennemi. 

Alerte, une pensée pousse chaque aviron,
rebelle, défiant la mort et la tempête ;
la voile est déchirée par un vent éternel,
humide, de soupirs, d’espoirs et de désir. 

Les haubans fatigués, mouillés et alourdis
par le dédain brumeux et la pluie de mes larmes,
sont un tressage épais d’ignorance et d’erreur ; 

les deux signes d’amour, mes guides, ont disparu,
dans les flots ont sombré mon art et ma raison ;
et déjà de toucher mon port  je désespère.

 

Francesco Petrarca (1304-1374), Canzoniere, 189.
Traduction de Paola Musarra.

Illustration : Pétrarque peint par Andrea del Castagno.
Galerie des Offices, Florence. Wikimedia Commons.

À consulter avec intérêt le site québécois Agora.

Publié originellement dans les pages ‘lectures en partage / Plurielles’ du site sous le clavier, la page, en novembre 2003.

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