TROIS FOIS NEUF DIVISÉ PAR NEUF, CELA FAIT… [JACQUES IZOARD]

Jacques Izoard et Tarek Essaker
Entretiens de poésie
La Grille, Liège, 1997
photo : v.l.

Et tu passes d’un poème à l’autre
sans souci des qu’en-dira-t-on,
des lubies, des rires, des sarcasmes.
Tu n’écris que pour toi,
dans le blanc des yeux
que le miroir accueille.

Ainsi le poème se fendille,
fait eau de toute part ;
tu ne trouves plus les mots
cherchant muscade et sablier ;
tu ne peux qu’effacer
tous les chemins de ronde.

Les poèmes n’en mourront pas
même si tu les cloues au papier,
même si tu les perces d’épingles,
même si tu les avales,
même si tu les brûles
du feu le plus ardent.
En outre, ils sont imputrescibles.

Jacques Izoard, (1936-2008) Trois fois neuf (huitième série), in 49 poètes un collectif’ Flammarion, Paris, 2004.

À la mémoire de Jacques, et à l’amitié proche (de lui) de Tarek E. et Alain D.



Protagoniste de cette “affaire”-là, Tarek Essaker a tenu à mettre son écriture “en regard” de celle de Jacques Izoard. En hommage, en témoignage d’amitié, aussi et surtout. 

… Il est lentement des nuits, qui relayent les brûlures aux berceuses inutiles, aux somptueuses insomnies à vil prix, le temps en laisse, les lumières soumises à ce qui nous sert d’esquisse fade et impuissants chatoiement et vertige “mais tu passes d’un poème à l’autre” ” et “les poèmes n’en mourront pas”.

Rien ne voulait prendre le dessus sur rien et le temps comme éternel fossoyeur tenait à honorer ses promesses et renouveler ses pactes, en constance, en vaine et lasse mesure comme forme de paix reconduite à ses débuts ou comme poème poignant “que le miroir accueille”.

Rien ne voulait prendre le dessus sur ce peu de visage qui s’apaise de sous la nuit, ne trouvant plus les mots “cherchant muscade et sablier”, ” tu ne peux qu’effacer tous les chemins de ronde”…

Tarek Essaker, 17 novembre 2010.

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