UNE MAIN TROP FROIDE [PHILIPPE JACCOTTET]

 
 

Qui est, un tant soit peu, familier de ce lieu sait la place, sensible et précieuse s’il en est, que Philippe Jaccottet y occupe. Il serait abusif, inconvenant, d’ajouter qu’il est ici chez lui mais je peux assurer, que, pour ce qui me concerne et donne sens, je suis, moi, ici, chez lui. Merveille du livre ! ‘Ce peu de bruits’, livre du silence des êtres qui s’absentent, définitivement, en nous, s’ouvre sur un ‘Obituaire’ où le compte est fait et se poursuit avec les ‘Notes du ravin’ qui croisent réminiscences et présences. Cela fut écrit, il n’y a pas si longtemps, dans cette présente, terrible et inaugurale, à peine aboutie, première décennie d’un siècle qui promet, lui aussi, d’être terrible ; et depuis, inexorables, la vie, la mort parachèvent leur œuvre… Il n’y a pas si longtemps, donc, ‘au cœur du bel été’… 

 

Comment dire cela ?

On a touché à quelque chose de si froid que toute l’année en est atteinte, même au cœur de l’été.

Parler de glacier serait beaucoup trop beau. Même parler de pierre enjoliverait cela.

C’est une forme de froid qui atteint, au cœur du bel été, votre cœur.

Une main trop froide pour être encore de ce monde.

 

Philippe Jaccottet, ‘Ce peu de bruits’, Gallimard, 2008.

À l’Ami, à jamais.

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