VIRTUEL, MON AMOUR…

Ah, qu’il empoisonne la Toile, ce ‘virtuel’ qui n’existe pas. Il est là, mais impossible de le définir. Toutes ses acceptions sont ailleurs, et en informatique, il est si bien défini…, qu’il ne s’agit pas de cela.

Retournons à nos vieux (et plus récents) dictionnaires.

Dictionnaire du Moyen Français : Qui n’est qu’en puissance.

Dictionnaire de l’Académie française (8e édition) : Terme didactique. Qui est seulement en puissance et sans effet actuel. Chaleur virtuelle. Intention virtuelle. En termes d’Optique, Foyer virtuel, Lieu où les rayons lumineux divergents réfléchis par un miroir, prolongés idéalement, viendraient converger en arrière du miroir. Image virtuelle, Image que l’œil voit comme si elle était formée en ce lieu.

Auguste Rodin, Les Trois Vertus

Plus intéressant est le TLFHi (Trésor de la Langue Française informatisée), que je résume :

Philosophie : Qui possède, contient toutes les conditions essentielles à son actualisation. Synonyme : potentiel, en puissance ; antonyme : actuel.

Linguistique : [Par. référence à l’opposition. saussurienne entre langue et parole] Qui n’est pas actualisé, qui relève de la langue.

Et je note à ce propos :  À l’opposé de l’existence actuelle, propre à l’axe syntagmatique du langage, l’existence virtuelle caractérise l’axe paradigmatique (Greimas-Courtés 1979).

Par extension, c’est aussi : Qui est à l’état de simple possibilité ou d’éventualité. Synonyme : possible. L’ensemble des consommateurs virtuels (Agences presse, 1962, p. 4).

Et plus spécialement,

Informatique : Se dit des éléments (terminaux, mémoire…) d’un système informatique considérés comme ayant des propriétés différentes de leurs caractéristiques physiques. (GDEL). La mémoire virtuelle simule une mémoire plus grande que la mémoire existante (Freedman-Sauteur Micro 1985).

Physique :

– Mécanique : Travail virtuel (d’une force). Travail que produirait un mobile se déplaçant d’une quantité infiniment petite à un moment donné.

 – Mécanique quantique : Transition virtuelle, transition quantique réelle d’émission suivie de réabsorption ou d’absorption suivie de réémission, ne respectant pas la conservation de l’énergie (Mathieu-Kastler Phys. 1983).

– Optique : Foyer virtuel. Image virtuelle.

Il s’agissait de l’adjectif, quant au substantif masculin singulier à valeur de neutre : Ce qui est en puissance. Le possible, le probable et le virtuel.

Eh bien, nous voilà Grosjean comme devant. Et comme le chantait si bien Jacques Brel dans ‘Au suivant’ : Subséquemment que j’comprends pas…

 
À J/G, qui  [l’employa] en usa.
 
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9 réflexions au sujet de “VIRTUEL, MON AMOUR…”

  1. Oui, Vincent; j’ai lu aussi le billet suivant et connais bien le texte et le tableau qui illustre d’ailleurs le Séminaire XI de Lacan; je me suis abstenue parce que vous touchez là mon ambivalence à l’égard de ce dernier que j’ai lu exclusivement personnellement et collectivement pendant quinze ans… jusqu’à ce que je me démarque de sa pente mélancolique qui le conduit à une conception de l’objet que je me suis mise un beau jour à contester pour moi-même et pour son effet dans les cures… Je me suis aussi défiée de sa conception phallocentrique du signifiant, même s’il a quelque peu évolué vers la fin.

    Et alors, j’ai découvert avec Spinoza tout d’abord, la sagesse chinoise ensuite, puis d’autres philosophes, de tout autres propositions qui m’ont davantage convenu… Mais Lacan écrit aussi de très belles et justes choses sur la lumière et la peinture comme sur d’autres questions.

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  2. En effet ! mais outre la ‘dissémination’, comme vous dites, ou Derrida – déridera / dé ri dé ra – dit, m’intéresse beaucoup, à la lumière, justement, des taoïstes, la question de l’ ‘actualisation’. Que serait un virtuel qui n’aurait pas la vertu de s’actualiser ?! Lacan aborde la question autrement dans le billet suivant…

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  3. J’apprécie particulièrement la “dissémination” (le concept est de Derrida) d’un mot, sa circulation et ses détours à travers un champ sémantique.

    Vous avez illustré cela ici de façon éloquente qui m’a ramenée à l’une de mes pensées privilégiées : l’existence de l’infini potentiel (virtuel) qui vient nuancer l’infini actuel et faire lien avec le vide des taoïstes.

    Merci pour cette recherche.

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